Répulsion

Une jeune manucure belge, Carole, travaille et vit à Londres avec sa sœur Hélène. Carole, introvertie, a des problèmes relationnels avec les hommes. Elle repousse Colin, qui la courtise et n’apprécie pas Michael, l’amant de sa sœur. Quand celle-ci part avec Michael, Carole sombre progressivement dans la névrose. Recluse, elle bascule dans la schizophrénie, et devient hantée par des bruits… Roman Polanski Catherine Deneuve, Yvonne Furneaux, John Fraser, Patrick Wymark, Ian Hendry

Camille Claudel 1915

Bruno Dumont poursuit son exploration de l’ambivalence humaine, entre animalité et grâce, en s’attachant cette fois à la sculpteuse Camille Claudel, l’année 1915, celle de son internement par sa famille. C’est la comédienne Juliette Binoche qui l’incarne, tout à la fois en retenue et en silence, gestes répétitifs de la vie monacale, observation du monde qui l’entoure et vie intérieure que l’on devine toujours intense et passionnée. « Ce que j’aime assez, c’est qu’on ne sait rien sur sa vie, rien sur son internement, hormis le journal médical. Et l’idée d’écrire un scénario avec rien, ça me plaisait. Je fais un film avec quelqu’un qui passe son temps à ne pas faire grand-chose et ça me plaisait, cinématographiquement (…) ce n’est pas la peine de raconter toute la vie de quelqu’un. En quelques secondes on peut dire la vérité*. » La  force du film tient en la capacité du cinéaste à exprimer la réalité de l’internement avec simplement les outils du cinéma : plan-séquence, lent travelling, plan fixe, jamais de fioritures. Il filme également de splendides portraits de femme, celui de Camille Claudel bien sûr mais aussi de toutes ces femmes qui l’environne dans l’hôpital. Hormis Juliette Binoche, les autres femmes sont de vrais patientes, malades mentales contemporaines qui disent quelque chose d’ancien. De vraies infirmières campent également les sœurs qui s’occupent des malades. « Elles nous ont aidés, elles ont fait de la mise en scène en plus, elles étaient là, elles les plaçaient, elles les tenaient, les poussaient, elles ont participé à la mise en scène* ». Après, c’est la méthode Dumont qui fait la différence, découpage précis et strict pour mieux laisser place à une forme d’improvisation. Un film touché par la grâce, sublime et bouleversant. Bruno Dumont Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Robert Leroy, Emmanuel Kauffman, Marion Keller

The Master

The Master commence un peu à la manière de La Ligne rouge, un soldat en fugue mentale sur les plages du Pacifique, pendant la Seconde Guerre mondiale. Si les images de Paul Thomas Anderson partage l’éblouissement plastique du film de Terrence Malick, ici point question d’interrogation humaniste sur la nature, mais plutôt l’exergue de l’isolement de Freddie, le «chien fou», magistralement incarné par Joachim Phoenix. Plus tard, de retour de la guerre, Freddie rencontrera Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman, acteur fétiche chez P.T Anderson), écrivain gourou franchement inspiré de L. Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie. «Le Maître» tentera de dompter ce cobaye en grand désarroi. Tel les alcools frelatés que Freddie fabrique à base de n’importe quoi, le film se construit alors sur l’alchimie de la relation entre deux natures a priori immiscibles et poursuit la thématique récurrente du cinéma de Paul Thomas Anderson, la peinture du rapport de filiation recomposée, empreinte de violence souterraine (There Will Be Blood). Mais plus singulièrement dans The Master, le cinéaste remise quelque peu son métronome et s’ouvre davantage au désordre (chronologie incertaine, quasi onirisme), sa mise en scène faisant habilement écho à la lutte entre le maître et son disciple désordonné. Paul Thomas Anderson Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Jesse Plemons, Laura Dern