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Cathy Whitaker est une parfaite femme au foyer. En bonne épouse d'un notable de petite ville de province, elle règle sa vie sur ses thés entre amies, ses cocktails et séances de photos pour le journal local. Cathy Whitaker est une parfaite femme au foyer. En bonne épouse d'un notable de petite ville de province, elle règle sa vie sur ses thés entre amies, ses cocktails et séances de photos pour le journal local […] Ce parfait modèle de la bourgeoisie provinciale voit se fissurer ses fondations lorsqu'elle surprend son époux, Franck, dans les bras d'un homme […] Souvent seule chez elle, elle sympathise avec son jardinier, Raymond, avec lequel elle parle librement, se sentant écoutée et regardée. Elle est attirée par cet homme noir, mais les convenances l'obligent à garder ses distances. La question esthétique que pose Loin du paradis est celle du revival. Peut-on faire un film à la Sirk en 2003 ? Est il raisonnable de recopier quasiment à l’identique le décorum et les manières des années 50 ? Comment éviter l’exercice de style et conjuguer un tel matériau au présent ? On pourrait répondre que, passé le premier quart d’heure, ces questions sont balayés par la force émotionnelle, plastique et narrative du film, par la puissance d’incarnation des acteurs, l’épaisseur des personnages : Loin du paradis fonctionne bien au présent et touche le spectateur d’aujourd’hui. On pourrait dire aussi que ses thèmes et motifs sont éternels, que le racisme avéré ou latent, la différence sexuelle, la difficulté à s’accepter soi-même, la capacité à vivre sa singularité face au qu’en dira t’on, le rôle de la femme dans la famille et dans la société sont autant de questions résolument actuelles, jamais définitivement réglées, notamment dans l’Amérique wasp et dominante [...] Alors que Moore et Haysbert osent à peine se parler en pleine rue sous le regard menaçant des badauds, Haysbert déplore que l’on juge les gans sur leur couleur de peau et non pas sur leur profondeur humaine. Comme le chantait Bo Didley, « You can’t judge a book by looking at his cover » … C’est là tout le sujet de Todd Haynes : la facture fifties n’est qu’une apparence, une surface, une mince pellicule qui explose sous la charge émotionnelle et politique d’un film d’une intense beauté, d’une délicatesse infinie, d’une richesse et d’une subtilité auxquelles le cinéma américain nous avait déshabitués. Serge Kaganski, Les Inrockuptibles, 12/03/2003 |