Musique : Tricky, Brian Eno, David Roback Emily vit au Canada, tentant de recoller les morceaux d'une carrière de chanteuse avortée. Autrefois petite gloire des télés musicales, elle se dope beaucoup trop. L'impasse est totale : son boy-friend s'overdose, son enfant est placé et ses amis, fatigués, la lâchent. Plus tard, échouée à Paris, Emily, sous méthadone, finit par entreprendre de décrocher. Rompre avec ses mauvaises habitudes, avec l'idée qu'elle se fait d'elle-même, et se réconcilier avec la perspective d'un trajet de vie. Se désintoxiquer maintenant, quand tout lui a été retiré. «Le courage est plus remarquable quand tout va mal», lui suggère son distant beau-père, interprété par l'ours Nick Nolte, et c'est un peu la leçon que le film va tirer, du caniveau au lointain soleil. A partir de l'instant où son rayon va frapper, commencer à éclairer le destin d'Emily (dans le dernier tiers du film), on comprend que ce qui intéresse Assayas dans son enthousiasme à faire un mélo aujourd'hui, c'est un désir irrépressible de se confronter à une image de l'espoir. Filmer le bonheur, filmer son assomption : le mélo, ça fait aussi pleurer de joie […] L'autre grande héroïne du film, comme de tout le cinéma d'Assayas, c'est la musique. Chez lui, elle est l'inverse d'un principe décoratif, mais une boussole, une raison d'être, un poison et un antidote. C'est à se demander si, aujourd'hui encore, elle n'est pas le premier oxygène de l'artiste Assayas, éternel garçon new wave qui n'aurait pris, un jour, une caméra que pour le plaisir de filmer la musique. A cet égard, la première grande scène a valeur d'aveu : comme par hasard, c'est un petit concert dans un club culte où se produisent les Metrics. Leur blonde chanteuse a un faux air de Debbie Harry et, autour d'elle, Assayas recompose le puzzle d'une scénographie féline. Furtive, faufilante, électrisée, et néanmoins discrète. Au milieu des autres et dans une solitude profonde. Comme des notes sur une partition, personnages isolés, accrochés (un temps) puis libres, enfin. Philippe Azoury et Olivier Séguret, Libération, 21 mai 1984 |